Oser ETRE soi

« Deviens ce que tu es, quand tu l’auras appris. »

Pindare (poète grec, 1500 ans avant Jésus-Christ)

Ma pratique de médecin psychiatre-psychothérapeute me montre quotidiennement les effets néfastes de la sur-activité qui caractérise la vie d’un nombre croissant de personnes. La société contemporaine induit toujours plus  de demande performance, de vitesse, de consommation et de moins en moins de temps pour être relié à soi-même, à ses ressentis, à la nature et à l’essence même de la vie.

De très nombreuses personnes souffrent d’un état de stress chronique, qui est la conséquence d’un dépassement de leur capacité à réguler les pressions qu’elles subissent. Il peut s’agir de pressions externes (quand c’est l’environnement qui est exigeant ou agressif) ou de pressions internes (quand ce sont les pensées de la personne qui génèrent en elle peur, impatience, culpabilité, dévalorisation, etc).

Le stress chronique est la résultante d’un déséquilibre entre trois secteurs importants de la vie :

mains tenant la sphère de la vie

  • Trop de « FAIRE » : nous nous investissons sans compter dans le travail, les activités de toutes sortes y compris l’activité mentale,
  • Trop d’« AVOIR » : nous sommes très préoccupés par la quantité d’argent, de biens, de reconnaissance, d’amour que nous obtenons.
  • Pas assez d’«ETRE » : nous nous donnons trop peu de moments pour sentir la vie en nous et autour de nous. Nous ne ressentons pas assez le contact avec « ce que nous sommes », au-delà de ce que nous faisons et de ce que nous possédons. Nous manquons de connexion avec notre nature profonde, avec la nature autour de nous et avec la dimension spirituelle de la vie. Nous fuyons l’idée de la mort et nous perdons le sens de la vie.

Lorsque nous sommes coupés de notre ETRE, lorsque nous sommes submergés par le FAIRE et inquiets de ne pas AVOIR suffisamment, nous nous épuisons peu à peu. Nous disons « mes batteries sont à plat ». Et c’est vrai ! Notre corps, notre cœur et notre esprit sont peu à peu vidés de leur énergie lorsque nous ne nourrissons pas notre ETRE. C’est la connexion à l’essentiel, à la vibration  de la vie, qui nous ressource et qui régénère notre énergie vitale. C’est ce qui se passe quand nous nous promenons en forêt ou au bord de la mer, lorsque nous entendons le rire d’un bébé, lorsque nous caressons notre chat… La lenteur, la contemplation, la méditation et la prière sont une partie intégrante de cette reconnexion.

Etre soi passe par une harmonisation entre ces trois secteurs, FAIRE, AVOIR et ETRE, en accord avec les besoins spécifiques de la personne unique que nous sommes. C’est le fruit d’un apprentissage qui demande souvent du temps et du courage ! Notre éducation et nos conditionnements nous ont souvent éloignés de la connexion à l’intimité de notre être, en nous orientant vers des réalisations validées par notre famille et par la société. L’accord profond avec soi passe souvent après les signes extérieurs de richesse et réussite.

Notons que certaines sociétés accordent une importance beaucoup plus grande au développement de l’ETRE. Les aborigènes d’Australie donnent ainsi beaucoup de place dans leur vie quotidienne à l’analyse de leurs rêves, à la reliance avec la nature et à des pratiques artistiques qui font partie intégrante de leur vie. Ces temps de contact avec le mystère de la vie, appelés « le temps du rêve », sont considérés comme essentiels.

D’où vient cette coupure d’avec notre ETRE ?

L’aspiration fondamentale des êtres humains est d’échapper à la souffrance et d’être heureux. Le bouddhisme est basé sur cette constatation et chacun de nous peut reconnaître en soi ce désir de bonheur. Notre société est caractérisée par un refus massif de la souffrance et de la mort, ainsi que par une grande dépendance à nos performances et à nos possessions. Tout cela entretient un sentiment inconscient de peur et nous éloigne de notre aptitude à apprécier la vie telle qu’elle est.

Lorsque nous venons au monde, nous sommes dans un état d’indifférenciation, de fusion avec notre mère et avec la Vie toute entière. Le bébé baigne dans le Grand Tout, il « est » mais dans l’inconscience car son Moi n’est pas encore construit. Les personnes qui prennent soin de lui n’attendent de lui aucune performance ni aucune réalisation.
La prise de conscience progressive qu’il est un être distinct de sa mère et de l’environnement entraîne une perte de cette connexion à l’Etre. L’âge de raison, vers 7 ans, est (comme la chute et l’expulsion hors du Jardin d’Eden), un aboutissement de cette perte de l’innocence enfantine. En acquérant le sens de son individualité et la connaissance du bien et du mal, l’enfant accède peu à peu à un sentiment de responsabilité face à sa vie.  Tous ses apprentissages se font par un processus répété d’essais et d’erreurs.Il se définit et il est de plus en plus défini par ce qu’il fait. C’est donc la dimension du « faire » qui lui permet de progresser.

L’être humain s’éloigne donc inexorablement dans la première partie de sa vie de son Etre le plus intime, pris dans un mouvement de balancier qui l’emmène de plus en plus vers la réalisation de buts qui sont de l’ordre du « Faire » pour « Avoir » : étudier, trouver un travail, gagner de l’argent créer une famille, un réseau relationnel, se faire une place dans la société…

Cet éloignement de notre Etre est aussi la conséquence des traumatismes et des conflits internes non résolus que nous portons inconsciemment. Les blessures non guéries et les conditionnements emprisonnants de tous ordres que nous accumulons nous éloignent peu à peu de notre cœur profond (selon l’expression de Simone Pacot), de notre identité réelle, de notre âme. Nombreuses sont les voies spirituelles, les écoles philosophiques et psychothérapeutiques qui affirment la même chose : nos souffrances viennent du fait que nous avons oublié (ou nous n’avons jamais su) ce que nous désirions être. Ce hiatus entre notre identité profonde et notre personnalité adaptée est à l’origine d’insatisfactions, de tensions internes, de choix inappropriés et finalement de malheur.

Lorsque les émotions sont trop fortes, que nous ne parvenons pas à les digérer et à les transmuter, nous construisons des protections, des cuirasses qui nous isolent de notre ressenti afin de ne plus souffrir. Le problème est que ces « solutions » créent un éloignement durable d’avec nous-même. Nous ne savons plus qui nous sommes, ce que nous voulons, notre énergie vitale s’étiole, des déséquilibres s’installent alors aussi bien dans notre corps que dans notre psychisme. De fausses identités recouvrent notre nature profonde, notre Soi central. Ce divorce d’avec notre Etre est la source de la plupart des maladies et accidents qui surviennent alors dans notre vie.

Ces cuirasses se manifestent dans notre psychisme et aussi dans notre corps, limitant ainsi la circulation de l’énergie vitale. Quand j’ai une émotion forte, je bloque ma respiration. Je m’évite ainsi de ressentir la douleur émotionnelle. Si cet état s’installe de façon durable, ma personnalité va se construire autour de cette protection. Ce qui était au départ une tentative de limiter le mal-être va devenir un frein au ressenti et à la libre expression de qui je suis. Wilhelm Reich disait : « la névrose de l’homme occidental est dans son diaphragme ». Le diaphragme est le muscle le plus puissant du corps. Sa contraction permanente, en inspiration ou en expiration, est la manifestation habituelle dans notre corps de notre divorce intérieur.

Il s’agit donc d’« apprendre ce que je suis »; mais si cet apprentissage reste au niveau de l’intellect ou de l’émotionnel, il n’y a souvent pas d’intégration en profondeur du changement. Carl Gustav Jung, au début du XXème siècle, a employé le terme « individuation » pour désigner le cheminement vers la découverte de soi. C’est un processus qui implique la prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels qui forment notre « totalité » psychique, consciente et inconsciente. Pour Jung c’est la condition sine qua non, à l’âge adulte, du bien-être.

Il est difficile de devenir ce que nous sommes si notre corps, notre cœur et notre esprit sont cuirassés. C’est par eux que nous sentons et que nous savons que nous existons ici-bas. Nous avons la possibilité à tout moment de nous rapprocher de nous même en nous offrant des moments de dialogue avec notre être profond.

Osons donc explorer ces « Trois Mondes » qui nous constituent :

  • Ecoutons notre corps : par nos 5 sens il nous donne des sensations multiples qui nous permettent de connaître notre état intérieur et le monde. A-t-il besoin de repos, de se libérer des tensions qui l’habitent, d’activité, d’une nourriture plus adaptée ?
  • Ecoutons notre cœur : par le biais des émotions que nous ressentons, il nous informe de notre sensibilité, de notre ressenti affectif. Désire-t-il davantage de bienveillance, de tendresse, de douceur ?
  • Ecoutons notre esprit : il nous permet de penser, nous donne la conscience d’exister, construit des croyances concernant ce que nous sommes et concernant ce qui nous entoure. Aspire-t-il à se recentrer sur ce qui est essentiel pour lui, à se connecter à l’amour inconditionnel, à la paix, à ce qui est plus vaste que nous ?

printemps dans la clairièreNous libérer de nos enfermements et de nos conditionnements nécessite de mettre en œuvre des stratégies nouvelles et adaptées à nos besoins. Pour cela il est nécessaire de se connaître et d’oser manifester nos particularités. Il est nécessaire d’accéder à nos besoins, à nos désirs, à nos aspirations. Plus nous prenons conscience de nos forces et de nos limites, plus nous acceptons la personne unique que nous sommes, plus nous parvenons à vivre en paix.

Oser être soi, oser devenir ce que nous sommes, c’est le chemin de toute une vie. Avancer seul sur ce chemin peut être périlleux ou décourageant. Ce XXIème siècle est riche en propositions d’accompagnement psycho-thérapeutique, psycho-corporel, artistique, énergétique, spirituel… Si nous le choisissons, nous pouvons trouver (autour de nous, dans des livres ou sur internet) des amis, des enseignants ou des thérapeutes susceptibles de nous aider à aller vers une vie riche et pleine, en osant être nous-même.

Je vous souhaite avant tout de vous appuyer sur votre intuition et sur votre créativité afin de vous donner régulièrement des temps d’écoute de vous-même, des temps de ressourcement dans la nature, des temps pour « ne rien faire », dans la joie d’être vivant !

Dr Eve Thiébaut


Cet article fait partie du carnaval d’articles sur le thème « Etre soi », organisé par le site Sereine hypersensibilité. Vous pouvez consulter les autres articles sur ce thème en cliquant ici.

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